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vrignaud blog
On va savoir
08/03/2010 - 12:25

On va savoir

Voilà, plus que quelques jours de patience et le Mondial de F1 reprendra ses droits. Cependant, je vous épargnerai ce poncif prophétisant une saison "plus indécise que jamais". La théorie réunit le plus beau plateau depuis des lustres, avec sa cohorte de champions du monde ; pas moins de quatre pour un total de onze couronnes. La pratique pourrait cependant voir un pilote tuer le suspens, le pire scénario étant que celui-ci n'y mette pas plus de panache que Jenson Button l'an passé. Mais quel que soit le déroulement du Mondial, l'intérêt se situera plus sûrement dans la tournure des oppositions au sein des équipes ayant dominé les tests, à savoir Ferrari, McLaren, Mercedes et Red Bull. Ces quatre là ont fait le plein d'égo et de testostérone et il y aura de grands déçus, non sans quelques états d'âme étalés sur la place publique.

Ainsi chez Ferrari, Fernando Alonso va enfin nous permettre de savoir ce que vaut Felipe Massa. Car pour tout vous dire, j'ai encore un doute sur la valeur du Brésilien. Je ne parle pas du terrible accident qui l'a stoppé net en 2009 en Hongrie ; il nous a répété qu'il se sentait "comme avant" et je n'attends pas une justification de ce côté s'il lui manque un soupçon de vitesse par rapport au crack espagnol. Refaisons un peu d'histoire. Chez Sauber, Massa n'a jamais été impressionnant : gros casseur dans sa première saison (2002) avant de revenir d'une année d'essayeur chez Ferrari pour se faire dominer par Fisichella (2004) puis rouler un peu plus vite que Villeneuve sur le déclin (2005). Sa promotion en rouge fut alors justifiée par le pari d'en faire le nouvel équipier modèle de Michael Schumacher. Il s'acquitta fort bien de sa tâche en battant quelques fois l'Allemand, une fois que celui-ci ait décidé d'arrêter, et expliqué que ces batteries étaient "totalement vides". Entre un Schumi de la grande époque et un Schumi cramé il doit bien y avoir une différence. Combien ? 0.1 sec, 0.2 sec par tour ? Tout ça pour vous dire que la comparaison Massa/Schumi fut tronquée, et finalement un peu flatteuse pour le Pauliste. En fait, elle me fait penser à Damon Hill taquinant le pré-retraité Alain Prost chez Williams en 1993 ; des performances parfois proches en dépit de deux classes d'écart dans les livres d'histoire.

Les joutes suivantes livrées par Felipe Massa à Kimi Räikkönen n'ont pas à mon sens statué sur la question, "Iceman" ayant un peu lâché l'affaire après son titre, le matériel convenant bien mieux au Sud-américain. Le Finlandais reconverti dans la cascade, on en revient donc à Alonso comme référence infaillible pour son implication à 360° ; sans conteste le plus grand danger pour la carrière de Massa. Sur la piste et en coulisses d'ailleurs, puisque le transfuge de Renault a publiquement prévenu le staff des rouges, sur le mode "Ferrari est une écurie latine, remplie de passion pour la course et Felipe et moi sommes deux Latins qui se comportons comme tels..." Et de conclure sur cette supplique : "Laissez nous faire !" La peu recommandable presse espagnole y a déjà vu matière à se délecter. Les premiers boulets rouges sont partis et l'Auriverde a confié qu'il ne ferait peut-être pas toute sa carrière chez Ferrari…

Dans cette rentrée, l'autre place brûlante est évidemment McLaren, où Martin Whitmarsh a entrepris d'acquérir ses lettres de noblesse de successeur de Ron Dennis en convoquant la "dream team"  Lewis Hamilton/Jenson Button, soit les deux derniers champions du monde. Malheureusement, j'ai peur que le verdict de ce duel british soit encore moins serré que chez Ferrari. On peut même se demander si JB sait bien où il a mis les pieds. "Heu, McLaren c'est l'écurie de Lewis ?", a-t-il demandé lors de sa première visite officielle à Woking. Ah, la question candide ! Confondante. Ou il avait un doute sur son futur traitement et il ne devait par y aller -pour 7 maigres millions d'euros- ou alors il devait se taire en se promettant de régler le cas Hamilton par chrono interposé. En fait, cette question en cache une autre, plus symptomatique, quant à la valeur de son numéro 1 par rapport à celui de son équipier. Je ne reviendrai pas sur le goût d'inachevé que m’avait laissé son titre. Depuis, les dix directeurs d'écuries 2009 ont voté et lui ont préféré Sebastian Vettel comme pilote de l'année, idem pour le magazine Autosport, qui a placé Hamilton n°1. Sans parler de la BBC, qui a considéré à son détriment le vétéran footballeur de Manchester United, Ryan Giggs, comme sportif britannique de l'année. Un choix surprenant qui a paru relever d’un "tout sauf Button". Manifestement, l’attentisme qu’il a montré lors des dix dernières courses de la saison n’a pas été apprécié. Et c’est sans doute pour ça qu’il n’a pas aujourd’hui la faveur des pronostics face à Hamilton, qui n’a pas l’habitude de compter ses efforts ni considérer sa voiture incurable. On va le voir pour la première fois confronté comme Massa à un champion de grande envergure, à la fois sportive, technique et politique, étant entendu que le Villeneuve de chez BAR en 2003 n’était plus celui de chez Williams. En tests, Button a trouvé une MP4-25 plutôt à sa guise et son style coulé, sa gestion précautionneuse des pneus seront de véritables atouts dans le premier relais avec une auto gavée d'essence. Et plus encore en Q3, effectuée avec le premier train de la course. Et puis, il ne faut pas oublier la presse, versatile à l'endroit de Hamilton.

Restent les affiches Michael Schumacher/Nico Rosberg chez Mercedes et Sebastian Vettel/Mark Webber chez Red Bull. Malheureusement, j'ai peur que les dés soient pipés chez les gris argent. C'est notoire, la préférence de Ross Brawn va à Schumi, qui a pris ses quartiers en chipant le numéro 3 de son jeune compatriote pour convenance personnelle. Dans ce manque d'élégance, le pauvre Nico a déjà senti toute l’emprise de la baronnie, que Ross Brawn avait déjà suggérée en soufflant qu'il n'avait jamais été déçu de sa confiance aveugle placée en son kador. Bref, Nico part de loin et le propos de Norbert Haug sur le registre "Nico n'a jamais été pour nous dans l'ombre de Michael" est pure convention. Enfin, chez RBR, Vettel n’a jamais eu peur de Webber (14 à 3 aux essais l’an dernier) et l’Australien aura bien du mal à tenir sa promesse de faire la différence en course sur les tours cruciaux. Sauf surprise, le grand Mark sera là pour jouer les utilités.

Stéphane VRIGNAUD

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