Obama a-t-il perdu le feu sacré ?
Lorsque Barack Obama est arrivé à la Maison-Blanche, 68% des Américains lui étaient favorables, un score qu'aucun président depuis John Kennedy, en 1961, n'avait atteint....

Plantés en file indienne au milieu de quelque trois cents autres participants pour récupérer leur accréditation, Ruth Weiss et son mari David font patiemment la queue dans l'immense hall de l'hôtel Opryland de Nashville, dans le Tennessee. C'est dans ce centre touristique d'un gigantisme un peu surréaliste, avec ses 4 000 chambres, ses palmiers et ses cascades kitsch, que se tient pour trois jours la convention de la «nation des Tea party», une nébuleuse conservatrice anti-establishment en plein essor, qui donne des maux de tête à l'Administration Obama et sème l'inquiétude dans les rangs républicains.
David, 61 ans, a une longue barbe grise et un tee-shirt aux couleurs du drapeau américain. Ruth, 60 ans, a les cheveux blonds teints et un chemisier léopard sur lequel est accroché un badge qui dit : «Je suis fière d'être une “Tea Bagger”». Partis dimanche dernier en voiture de San Diego, en Californie, ils sont venus pour «se former», car ils ne veulent plus laisser la politique aux «soi-disant politiciens professionnels» qui «sont en train de ruiner le pays».
Le terme «Tea party», qui fait allusion au coup d'envoi de la révolution américaine en 1773 à Boston, sous-entend un retour résolu à la pratique politique des Pères fondateurs et à la Constitution. Né au printemps pour protester contre le plan de relance d'Obama, le mouvement, version américaine du poujadisme français, a capitalisé au cours de l'été sur son opposition active à la réforme du système de santé, pour finalement se transformer en porte-voix d'une Amérique profonde exaspérée par «Washington» et «ses pratiques non transparentes». «Obama veut changer notre pays. Nous ne sommes pas d'accord», martèle Ruth, une ancienne enseignante. «Il donne de l'argent sans compter aux banques, aux compagnies automobiles et aux individus qui ne peuvent plus payer leur maison, les poussant à être irresponsables. Pourquoi ceux qui travaillent dur devraient-ils payer ?»
Jusqu'ici sans affiliation et sans grande culture politique, Ruth et David ont sauté le pas le 12 septembre, en participant à la grande manifestation des Tea party à Washington DC. Inspirés par les «centaines de milliers de gens côtoyés», ils ont créé un groupe grâce au site Internet Meet up.com. De la même manière, Lori Christensen, quinquagénaire débonnaire originaire de la bourgade d'Evergreen, dans le Colorado, a décidé «de réagir» après avoir participé en avril à une réunion des Tea party sur la question du «trop d'État et des déficits abyssaux». De retour chez eux, elle et son mari ont commencé par convoquer des réunions modestes de 4 à 5 voisins, pour finalement recruter quelque 100 adhérents. «Tout cela est très spontané, les gens arrivent et arrivent, par le bouche à oreille. Ils sont très inquiets», dit Lori, enthousiaste, qui fera aujourd'hui un discours pour raconter son expérience. Elle note que la plupart des adhérents ont plus de 50 ans et qu'ils représentent en général les classes moyennes.
L'élément le plus frappant, chez Lori comme chez les autres congressistes, est que tout en se disant «conservateurs», ils renvoient dos à dos démocrates et républicains, soupçonnés de collusion. En observant la salle, Chris Bundgaard, un journaliste local de la chaîne WKRN, note qu'il s'agit aussi d'un mouvement «remarquablement blanc», mais dit ne pas avoir noté de haine particulière contre le président Obama. De fait, celle-ci affleure peu dans les témoignages, sauf lors de la soirée d'ouverture, quand l'ancien représentant républicain Tom Tancredo prend la parole pour dénoncer la politique de «Barack Hussein Obama» et mettre en garde contre «le multiculturalisme» qui menace le modèle «occidental et judéo-chrétien.» «Notre culture est la meilleure», lance ce politique connu pour son discours anti-immigration, appelant la nation à «reprendre possession du pays». Un tonnerre d'applaudissements répond à ses paroles.
La question est de savoir si ce mouvement hétéroclite et spontané en pleine affirmation parviendra à s'imposer comme une force autonome entre démocrates et républicains. Des dissensions violentes sont apparues avant la convention, accusée de faire payer trop cher le droit de participation, menant à de nombreux boycotts. Déstabilisés par le côté brouillon et peu transparent de l'organisation, plusieurs républicains en vue ont ajourné leur participation, laissant la vedette à Sarah Palin, idole du mouvement, qui sera ce soir à Nashville. Les médias ont dû attendre la dernière minute pour être accrédités.
Mais il n'empêche qu'un vent puissant porte pour l'instant les «patriotes», bien plus populaires dans l'opinion que les partis discrédités. Des millions de personnes auraient rejoint le mouvement, même si les chiffres restent flous. C'est surtout grâce à la mobilisation des activistes du Tea party que le républicain Scott Brown a raflé le siège de sénateur de feu Ted Kennedy dans le Massachusetts. Ces derniers espèrent maintenant promouvoir leurs propres candidats pour les primaires des élections de mi-mandat. «Nous voulons qu'on nous rende notre pays, lance Kimberley, activiste dans l'Ohio. Washington n'a qu'à bien se tenir.»
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bughflAdmirable pays! Et c'est normal que se soit un mouvement plutôt blanc.. se sont les blancs qui ont principalement construit et posé les bases de ce pays! Ils se sentent donc plus concernés... et puis l'assistanat ça plait pas mal à certaines couches sociales et des fois peut être même ethniques....
orodegato001Se référant aux deux parties se partageant le pouvoir aux Etats Unis Le mouvement des Tea party met en garde contre «le multiculturalisme» qui menace le modèle «occidental et judéo-chrétien.» il doit y avoir un peu de vrai, l'intérieur se voit à l'extérieur, nos professionnelles de la politique ne doivent pas voir du bon oeil ces amateurs de la politique Made in USA un jour en France venir bousculer une mécanique bien huilée du à toi à moi...
DARIUS47Que les États Unis sortent de leur système à deux partis financés par les grandes entreprises d'arment, les multinationales et les banques.
bob2046Il ne faudra pas grand'chose pour que ce mouvement aux attraits d' "extrême droite", et avec de telles revendications absolutistes, bascule dans l' intolérance totale en semant de façon incontrôlée des prémices d'un désordre social annoncé.
Aux républicains (Gauche et Droite) de ce grand pays d'être vigilants avant qu'il ne soit trop tard.
tara001001Ce que j'aime dans ce genre d'article, ce sont les qualificatifs employés par le journaliste.
les mots "populiste" "poujadisme" "environnement kisch", les mots "patriotes" "judéo chrétiens" "occidental" "remarquablement blancs" étant entre guillemets...
Qu'en penser?
Y aurait il comme un soupçon de parti pris pour ce qui fait office de "pensée comme il faut" en France ?
PS : savoir que "patriote" en français ne veut pas dire la même chose en américain.
Et que, d'autre part, démocrate et républicain ont peu de choses à voir avec UMP et PS.
Enfin que M Obama, est de plus en plus controversé par les américains qui, sachant compter et comparer, savent très bien que le système Sécu Français est une belle idiotie et certainement pas un modèle à importer.
heureusement d'ailleurs que M obama dans sa sagesse n'a pas entièrement recopié notre modèle .
bigoudenHmmmm. Je crois que c'est assez simple: les médias de centre gauche et de gauche, comme le Figaro, qui soutiennent de plus la pensée unique, évitent de parler de ce qui leur déplaît, comme le mouvement Tea Party.
S'il s'était agi d'un mouvement typique d'une ethnie particulière, il va de soi que le Figaro aurait suivi ce mouvement sérieusement.
Du moins, je pense que c'est cela, quand je regarde les articles de ce journal, et les commentaires qui ont de droit de passer.
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